
Contexte social de Dagana:
Le but de notre action concerne un ensemble de jeunes pluriels. Ils sont élèves, talibés, talibés diangane, déscolarisés, orphelins, enfants et jeunes des ateliers de quartiers chez des maîtres artisans (exerçant dans les domaines tels que la menuiserie bois, menuiserie métallique, aluminium, mécanique et autres corps de métiers) ou encore migrants...
Ces enfants ont en commun la rue, à mi-chemin entre l’école, l’atelier et la maison elle s’appréhende comme un lieu d’expression et d’échange ; un entre soi où ils passent et partagent la majeure partie de leur temps. Néanmoins, étant souvent en rupture familiale et sociale la rue peut devenir pour ces jeunes un espace hostile propice aux mauvaises influences et à la délinquance.
L’enfant développant des signes de faiblesse est automatiquement tiré vers le bas sans que sa famille ne cerne le problème. Incompris, en proie à la violence sociale et familiale la fugue et autres voies de débauches demeurent leurs uniques alternatives.
Concernant Dagana, la prise en charge (matérielle et) sociale s’avère être nécessaire. En effet, son caractère frontalier avec la Mauritanie fait de cette région un espace stratégique pour le transit et la migration clandestine vers l’Europe. La frontière poreuse entre le Sénégal et la Mauritanie favorise l’intention migratoire des jeunes et engendrent plusieurs problématiques que nous abordons plus loin.
Nous observons un espace de plus 400 km entre la zone de St Louis et Ourosogui dans la région de Matam dépourvu de structures adaptées à la prise en charge sociale et la réinsertion de ces jeunes, l’état contribue physiquement et sanitaire mais ne dispose pas à priori de structure éducative appropriées. C’est précisément ce que veut mettre en place l’AP/ CASE.
Les problématiques observées à Dagana:
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La migration clandestine :
Bon nombre d’enfants et jeunes majeurs sont présents en permanence sur le territoire de Dagana, Rosso Sénégal et Richard Toll, acteurs de fugues ou venant tenter leurs chances, ils prennent part active aux activités économiques transfrontalières.
Néanmoins les frontières poreuses entre le Sénégal la Mauritanie font de Dagana un espace de transit privilégié pour l’immigration clandestine des jeunes, Talibé ou autres. Cette mobilité vers la route du Maroc et des pays d’Europe s’avère être couteuse et périeuse pour ces jeunes qui rencontrent bien souvent des obstacles dès leur arrivée en Mauritanie. En effet, le traitement de ces enfants par les autorités mauritaniennes est régulièrement expéditif.
Après un court séjour en rétention ils sont renvoyés au Sénégal sans suivi ni la moindre indentification ou renseignement sur leurs provenance. Ballotés entre le Sénégal et la Mauritanie l’absence criarde d’infrastructure d’accueil fait de ces jeunes des laissés pour compte.
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L’exploitation infantile et les questions de traite en Mauritanie :
Un certain nombre d’enfants sont amenés du Sénégal à la Mauritanie par des « parents » ou des adultes dont le lien de référence vis-à-vis de l’enfant n’est pas toujours clarifié. D’autre part l’enfant peut également être « confié » à sa famille en Mauritanie où il peut être en proie à l’exploitation domestique. Cette exploitation informelle donne lieu à un commerce grandissant, le « donneur » touchant une certaine somme en contre partie de la participation physique de l’enfant dans la famille… L’enfant ne perçoit pas de ressources financière et peut connaitre des conditions de vie critiques.
Notre expérience du terrain à Dagana nous a permis de rencontrer des familles pouvant directement témoigner de l’ampleur de la situation.
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Les Talibés :
Régulièrement, des marabouts accompagnés de leurs talibés profitent de la porosité frontalière pour traverser vers la Mauritanie. Les talibés sont placés individuellement au service de famille où ils véhiculent une image de porte bonheur, symboles de sacralité sous couvert religieux. L’enfant se trouve ainsi pris au cœur d’une économie informelle, incombé d’une valeur idéologique il fait office de figure dans un équilibre social précaire basé sur l’investissement symbolique et la bonne conscience.
En pratique, l’enfant talibé est couramment exploité comme un « enfant à tout faire » se retrouvant dans une grande détresse sociale et matérielle. En effet aucune retombée financière ne concerne directement l’enfant.